CONFINEMENT: INTERVIEW A DISTANCE AVEC HUGO GIRY, DESIGNER FRANÇAIS ET AGRICULTEUR DE CBD EN ITALIE

A la deuxième saison du confinement on a repris les interviews à distance, en prenant l’angle du changement. Le confinement nous oblige à nous adapter, à changer de vies même parfois. C’est le cas de nos invités qui n’ont pas attendus la pandémie pour s’offrir un nouveau parcours ou pour vivre d’autres vies parallèles et se diversifier. 

Comme notre autre invitée Hélène Deiber, Hugo Giry a quitté Lyon pour d’autres horizons. Mais elle, dans les montagnes françaises, lui, dans la campagne en Italie.

La trentaine, designer français, agriculteur en Italie, créateur partout, entrepreneur surtout, il a investi il y a près de 2 ans, avec deux de ses amis, investisseur et agriculteur, un domaine agricole à quelques kilomètres de Florence pour développer des produits à base de CBD.

villatoscanna Hugo-giry-designer olivier villa toscanna

 

De designer en France est-ce que tu te dis aujourd’hui agriculteur en Italie ?

Je reste un designer et suis pas vraiment agriculteur, ça c’est la part de Valentin, que j’épaule néanmoins. Suis surtout entrepreneur sur ce projet en Italie et en général. Je garde la marque de bijoux que j’ai créé et pour laquelle je suis autant designer qu’entrepreneur. De toute façon tout ce que je fais est en lien avec la création et l’entreprise, le fait de développer des projets, de déclencher des initiatives autour de moi et de les rendre possible.

Quel est ce nouveau projet agricole ? Que faites-vous dans ce domaine Villa Toscanna à quelques kilomètres de Florence ?

Sur le domaine on fait de l’huile d’olive, du miel, et on a un potager. L’huile et le miel sont simples à travailler et notre idée c’est de les associer au cannabis pour offrir un produit fini exceptionnel, avoir un bon goût dès le départ et insérer de l’’extrait de CBD pour proposer un autre produit d’exception et unique.

On a un petit domaine pour aller sur le cannabis pharmaceutique, donc avec moins de rendement. On a la terre et les bonnes pratiques, un cadre idéal. Notre huile d’olive est un produit de terroir, avec une transformation et des méthodes ancestrales. Et comme pour une marque de luxe qui part de produits d’exception, j’ai réfléchi comme un designer qui veut façonner un bijou, en lui associant une transformation pointue, des alliages adaptés, et un savoir-faire. Notre envie c’est de pousser le produit jusqu’à avoir une huile alimentaire haut de gamme avec cette spécificité du cannabis.  

products of villa Toscanna villa-toscanna-products products of villa Toscanna

Quels points communs entre designer de bijoux et designer de marques autour de produits cannabinoïdes ?  

Il y a toujours le fait que mes projets anticipent l’avenir, s’inscrivent dans les métiers de demain. Je suis toujours dans l’innovation qu’elle soit industrielle, dans la joaillerie ou l’agriculture. Que ce soit avec des bijoux qui tentent d’intégrer de l’électronique ou de l’agriculture innovante, jusqu’à un produit qui sera bientôt légalisé mais qui n’a pas encore de cadre juridique clair. Le cannabis c’est comme internet, l’or, la santé. Il y a aussi les innovations avec les masques en chanvre, les textiles, le design automobile et toutes les applications qu’on peut faire de cette plante en terme industriel et pharmaceutique. C’est dans cet esprit que je suis. A l’orée de nouvelles possibilités de créations et de développement.

Que fais-tu de ta marque de bijoux Myki Alpi et de ton rapport au design dans ce projet agricole ?

Je vais garder la marque et relancer comme chaque année les ventes en stations de ski, là où j’ai principalement mes boutiques distributrices à Megève, Courchevel…  Et puis avant d’être sur tel ou tel projet je suis entrepreneur impliqué, du coup que ce soit des bijoux ou une huile d’olive au CBD, c’est le même métier pour moi et mon but est toujours de les voir aboutir et prospérer. J’aime créer des trucs nouveaux. Je déclenche. J’aime créer, développer puis partir vers un autre projet, à créer, développer à nouveau, …

Pour le CBD, il faut chercher, identifier les opportunités, reprendre la législation de chaque pays, travailler l’idée jusqu’au produit fini, développer des processus comme quand j’étais designer.

myki-alpi bijoux myki myki-design

Est-ce que tu vas inclure du design dans vos gites, les produits, … ?

Partout. Mais même dans le choix du domaine avec Valentin il y a eu une démarche design, dans l’aménagement, l’organisation, la géométrie, le dessin des choix de production et donc des produits. A chaque étape on était déjà dans le design. Pour moi il y a tout le temps du design, dans un processus qui m’accompagne dans la création des bouteilles, de dessiner une marque, à l’image de ce que je fais avec les bijoux ou quand je travaillais le design en Suisse pour des grandes entreprises. Dans tous mes projets il y a cette dimension de design que ce soit industriel, graphique, de produits, de marques, …

Quel est ton statut à la Villa Toscanna ?

Je suis directeur, mais avec l’idée d’être créateur de marques. Mon statut de DG s’est fait par défaut, parce que je suis notamment le seul à parler italien. Mais l’idée c’est d’alléger ce poste pour redevenir davantage créateur, diminuer les tâches administratives (permis, assurances, …) pour me concentrer sur le produit, le design, la marque.

Est-ce que ça t’a fait peur de partir ? De tenter cette nouvelle aventure ? Est-ce que le confinement aurait déclenché cette envie de bouger et de créer autre chose ?

Je n’ai jamais eu peur même si je ne m’attendais pas à ça. Mais je ne regrette pas. Même si j’aime mieux les grandes villes, plus faciles pour développer des projets de création, j’ai quand même ma place aujourd’hui ici maintenant, et en partie en Italie à long terme. J’ai accepté de partir pour la Toscane, parce que Florence est à côté, pour mes racines italiennes. Et je pouvais continuer Myki Alpi, créer de partout. On verra donc plus tard où je serais, toujours avec ce projet en développement et sûrement à voyager et me stabiliser dans plusieurs villes et pays au cours de la même année.   

Tu n’es pas parti seul, combien êtes-vous dans cette nouvelle expérience professionnelle ?

On était cinq à partir à l’aventure, sur le projet de développer la culture de CBD en Italie. Au final il reste Charles, Président et investisseur, Valentin l’agriculteur sans qui tout le projet et la société agricole n’aurait pu se faire, et moi, en tant que designer et Directeur Général. La compagne de Valentin nous a rejoint également, ainsi que deux employés et des saisonniers.

Villa Toscanna italia villatoscanna

Quel était le projet et les ambitions ?

On a une ferme, un hôtel (agri-tourismo) de 5 appartements. Au départ il y avait de l’olive, le domaine, l’hôtellerie à développer. Et aujourd’hui on a clôturé près de 5 hectares, employé des saisonniers de la région, rénové, installé les terres, on s’est équipé avec 2 machines supplémentaires, intégré le système d’irrigation. On est arrivé en mai 2018, et on a fait le pari à 5 en bossant comme des fous en plantant 4000 plants sans anticiper le séchage, … et du coup on a perdu la moitié de la récolte. Mais ça nous a permis de revoir nos objectifs. On était sain financièrement mais avec encore beaucoup à bosser le projet pour le rendre viable à long terme.

Les prochains objectifs ?

Etre une ferme verticale, produire, transformer, vendre. Avec quelques gros challenges :

  • Créer un hangar agricole pour le séchage, avec tous les rendez-vous et problèmes que ça engendre (géomètre, mairie, permis de construire).
  • Et revoir le système hydraulique, avec pas seulement une cuve mais un lac,… pour éviter de faire venir des camions, 7000 litres d’eau en 10 fois comme on a dû le faire cette année.
  • Et développer davantage de cultures différentes pour profiter des terres et s’assurer de nouveaux revenus.
  • Du coup ça nous oblige aussi à créer un labo, …

Nos plants de cannabis poussent en synergie avec les oliviers, du coup tous nos modes et choix de cultures doivent être en osmoses. On doit être cohérent du travail de la terre, son irrigation, l’usage de fertilisants naturels jusqu’aux produits aboutis et commercialisables.

Quels sont les réussites depuis la création du projet, les échecs ?

L’idée c’est d’être autonome et productif et ça commence à venir doucement. La première année on a acheté des fertilisants, cette année on fabrique notre compost. Chaque avancée nous oblige à revoir notre mode de production, d’élaboration, d’autonomie, … et à progresser mais en revoyant nos plans.

Ça demande de faire des compromis, on a perdu des associés au début du projet tant la tâche était ambitieuse, et on doit encore apprendre à manager chaque jour mais c’est le lot de tout entrepreneurs. Et travailler en Italie est plus compliqué qu’en France, tout est plus à la cool. Quand tu veux avancer sérieusement ce n’est pas simple.

Et sur un tel projet la première année tu amorces, la seconde tu développes et la 3ème année tu commences vraiment.

Il n’y a donc pas vraiment de succès si ce n’est qu’on continue d’avancer et progresser chaque jour, ni vraiment d’échec même si on doit revoir sans cesse nos prévisions et processus.

Quels sont les premiers produits que vous vendez ou quels sont les premiers produits que vous allez vendre ?

On travaille sur toutes les formules possibles à base de CBD. Pour l’instant on exploite un peu le potager, et les fleurs de CBD évidemment,  pour à terme produire des huiles d’olives et miel infusés au CBD, des applications thérapeutiques et aromatiques.

 products of villa Toscanna

Est-ce la pandémie, les confinements, ont changé quelque chose ?

Ça n’a rien changé sur la partie agriculture mais davantage sur les ventes, sur les réseaux de distributions plus frileux …

Après, à titre personnel avec le fait de vivre à l’extérieur et d’avoir les déplacements pros autorisés ce n’est pas désagréable. Mais au-delà de ça, c’est, comme pour tout le monde, compliqué de vivre à distance des potes et de la famille française mais aussi sans possibilité de vivre en ville. Y’a que la campagne et le boulot. Donc mon cerveau tourne beaucoup sur le projet mais aussi pour m’évader sur des nouvelles envies de design (bouteilles, flacons, packaging, …)

Qu’as-tu appris de cette nouvelle expérience de vie ?

J’ai été obligé d’acquérir beaucoup de connaissances sur les cannabinoïdes, l’agriculture, (saveurs, odeurs, thérapeutique), … et l’entrepreneuriat, le management. Et j’en apprend encore tous les jours.

Pour finir toi qui est un hyperactif, qui parle aussi vite que se bousculent les projets dans ta tête, est-ce que le CBD ça te fait parler moins vite ?

On se parle en visio j’ai 100kg devant moi, mais sache que je ne le fume même pas. Et puis les projets se bousculent dans ma tête mais j’ai surtout hâte de concrétiser tous nos produits dérivés infusés au cannabis.

 

Site Villa Toscanna: https://villatoscanna.it/

Instagram Villa Toscanna: https://www.instagram.com/villatoscanna/

Site Myki Alpi: https://mykialpi.com/

Instagram Myki Alpi: https://www.instagram.com/mykialpi/

 

 

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